CONAKRY- Alors que la Guinée se dirige vers l’organisation du référendum constitutionnel, certains acteurs politiques ne digèrent toujours pas la mise en place d’une Direction Générale des Élections (DGE). Ils accusent ce nouvel organe placé sous la tutelle du ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, d’être « nuisible » à la transparence du processus électoral guinéen.

Dr Faya Millimouno est de cette catégorie. Interrogé par Africaguinee.com, le président du Bloc Libéral, a fait un constat accablant.  « Au-delà des personnes, nous pouvons faire un constat suivant : lorsque nous avions la CENI (commission électorale Nationale indépendante), il y a eu des erreurs qui ont été commises. Ces erreurs, c’était de penser, premièrement que ceux qui sont de la société civile, pouvaient être neutres. Ce qui a fait que dans toute l’histoire de la CENI, on a pris quelqu’un du CNOSC-G (Conseil National des Organisations de la Société Civile) pour le mettre président de la CENI. Ça a été une grosse erreur.

Deuxièmement, c’est de penser que quand quelqu’un appartient à la d’administration, il est neutre parce que la loi même impose un devoir de réserve à tous les commis de l’État, mais là ce n’est pas en Guinée. En Guinée cette loi est simplement un ornement pour les gens parce que l’administration la plus politisée que j’ai connue, c’est celle de la Guinée. Donc, ces deux erreurs ont fait que, dans toute l’histoire de la CENI, ceux qui ont été les plus partisans, c’est ceux qui ont représenté l’administration et ceux qui ont représenté le CNOSC-G. Ils ont été les plus partisans. C’est ceux par qui notre pays a toujours connu des conflits », a déclaré Dr Faya Milimouno.

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Le leader du BL a insisté sur le fait que ses critiques visent la structure en elle-même, et non uniquement ses acteurs. Selon lui, la DGE incarne une logique contraire à l’idée d’une institution électorale impartiale.

« Au-delà de Zénab, que j’aime bien, elle est simplement dans un système qui est inacceptable. On sait qu’elle a géré le fichier avant. Ça n’étonne pas qu’on nous sorte des chiffres qu’on a sortis là. Ce que nous disons par rapport à la DGE, la Direction Générale des Élections, c’est que c’est simplement inacceptable. La Guinée a besoin d’un organe indépendant de gestion des élections. Nous avons insisté, quant à nous, depuis très longtemps, que cet organe-là soit technique, que les gens soient là-dedans, pour leurs compétences, leur intégrité. Et aussi, s’il est démontré par le passé que ces personnes ayant appartenu à la CENI qu’on a connue ont été partisans, ils ne doivent pas être dans cet organe parce que c’est un organe qui doit être au-dessus de la mêlée pour que tous les acteurs soient traités de façon égale. L’idée même de la DGE est complètement aux antipodes de cela », a-t-il expliqué.

Dans une comparaison sans équivoque avec le Sénégal, Dr Faya Millimouno déclare que, bien que l’organisation des scrutins y soit confiée à l’administration territoriale, celle-ci demeure compétente, respectueuse des lois et véritablement au service de la démocratie.

« Au Sénégal, c’est le ministère de l’administration du territoire qui organise les élections. Mais l’histoire a retenu que l’administration sénégalaise est composée d’hommes et de femmes qui sont professionnels, qui sont compétents et qui respectent les lois de leur pays. C’est-à-dire qu’ils sont au-dessus de la mêlée. C’est ce qui a permis à Wade de gagner contre Diouf. C’est ce qui a permis à Macky Sall de gagner contre Wade. C’est ce qui a permis au du duo Sonko et Diomaye Faye de gagner contre Ba, qui était le candidat du parti au pouvoir. En Guinée, on en a encore au moins 50 ans pour y arriver », a affirmé le président du Bloc Libéral.

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Selon Dr Faya Milimouno, les signes d’une élection verrouillée sont déjà visibles. Tous les commis de l’État, selon ses propos, auraient un seul candidat : Mamadi Doumbouya lui-même, qui a pourtant promis que ni lui, ni les membres du CNRD ne serait candidat à quoique ce soit.

« Aujourd’hui, il est démontré par A plus B. On n’a pas besoin d’aller loin : tous les commis de l’État guinéen ont un candidat. Il s’appelle Mamadi Doumbouya. Même quand ce candidat-là, de par la loi, de par son serment, ne peut pas être candidat. Donc je dis encore une fois, on est en train de jeter par la fenêtre l’argent public. Parce que ça ne sera pas accepté (…). C’est pourquoi, je dis encore une fois :  l’idée de la Direction Générale des Elections, c’est une idée gravissime », soutient Dr Faya Milimouno.

Source:https://www.africaguinee.com/organisation-des-elections-la-guinee-a-besoin-dun-organe-independant-dixit-faya-millimouno

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