
CONAKRY– Alors que le projet de nouvelle Constitution guinéenne prévoit l’établissement d’un parlement bicaméral, Dr. Faya Milimouno, une des figures de la scène politique, a exprimé de vives réserves quant à la nécessité d’un Sénat pour le pays. Dans un entretien accordé à Africaguinee.com, l’opposant politique a fermement déclaré : « Nous n’en avons pas besoin. »
Le Bloc Libéral, formation politique de Dr. Milimouno, n’a pas encore rendu sa position officielle sur le projet de Constitution. L’étude du texte est en cours, a-t-il confié. « Nous sommes en train de l’étudier avec la plus grande attention. Nos conseillers juridiques – deux avocats, un juriste – ainsi que d’autres spécialistes comme des sociologues y travaillent actuellement pour produire une analyse rigoureuse », a-t-il précisé. La décision de recommander un vote pour ou contre ne sera prise qu’après cette analyse approfondie.
Cependant, Dr. Milimouno n’a pas attendu les conclusions officielles pour partager ses préoccupations personnelles. Il soulève des points problématiques, à ses yeux. « Vous vous souviendrez que c’est dans vos colonnes que j’ai dénoncé, très tôt, la suppression de la limitation des mandats dans l’avant-projet. Cela avait provoqué un tollé, » a-t-il rappelé.
Le point d’achoppement le plus récent concerne la création du Sénat. Pour Dr. Milimouno, cette initiative s’inscrit dans une logique regrettable de multiplication des institutions. Il a notamment déploré le caractère quasi-identique de la proposition sénatoriale avec le modèle togolais.
L’ancien candidat de la présidentielle de 2025 remet en question la pertinence d’une telle institution pour la Guinée, arguant que le pays n’est pas une république fédérale et que des exemples régionaux démontrent l’inutilité d’une chambre haute : « Or, nous ne sommes pas une république fédérale. Nous n’en avons pas besoin. Même le Sénégal, que nous aimons souvent prendre pour exemple, en avait un. Ils l’ont supprimé parce qu’ils ont compris que ça ne servait à rien. »
L’actuelle Assemblée nationale, composée de 114 membres, est déjà confrontée à des défis de fonctionnement, selon Dr. Milimouno qui dénonce le manque de ressources et de soutien pour les parlementaires : « Déjà que notre Assemblée nationale fonctionne difficilement… Quand on parle d’un parlementaire, on oublie qu’il a besoin d’un cabinet, d’une équipe, pour bien représenter les intérêts de ses électeurs. Mais en Guinée, qui, à l’Assemblée, dispose d’un cabinet ? À part le président de l’Assemblée ou quelques présidents de groupes parlementaires, personne. Même pas un secrétaire ! »
Dans ce contexte, la proposition de créer une nouvelle chambre parlementaire est jugée absurde par l’homme politique : « On n’est même pas capables de gérer une Assemblée de 114 membres. Et on veut en créer une autre ? Cela n’a aucun sens. »
Un autre aspect jugé particulièrement préoccupant par Dr. Milimouno est la disposition prévoyant la nomination d’un tiers des membres du Sénat par le président de la République. Il y voit une contradiction flagrante avec l’objectif affiché de réduire les pouvoirs présidentiels : « Le plus grave, c’est qu’on prévoit que le président de la République nomme un tiers des membres du Sénat. Et ensuite, on nous dit qu’on veut réduire les pouvoirs trop étendus du président. Franchement, est-ce qu’on prend les Guinéens pour des gens sans cervelle ? ».
A suivre !
Source:https://www.africaguinee.com/le-senat-nous-nen-avons-pas-besoin-dixit-dr-faya-milimouno/